Réflexions des membres fondateurs de l’ACECP

Pour célébrer le 35e anniversaire de l’Association canadienne d’experts-conseils en patrimoine, nous avons demandé à quelques membres fondateurs de s’exprimer sur le chemin parcouru, et sur ce qu’il reste à faire dans le domaine de la conservation du patrimoine.

Soyez à l’affût : les textes d’autres membres fondateurs seront publiés tout au long de 2022.

David J. Cuming

M. Cuming cumule plus de 40 ans d’expérience dans le domaine du patrimoine culturel, auprès d’organismes tant publics que privés. Spécialisé en planification, en conservation des ressources culturelles patrimoniales, en design et en gestion, il agissait comme expert-conseil à son compte jusqu’à sa retraite en 2021. M. Cuming est l’un des membres qui ont fondé l’ACECP en 1987.

Entrevue avec David J. Cuming

Avant l’ACECP, il y a eu la Canadian Association of Professional Heritage Consultants (CAPHC). L’un des objectifs des praticiens qui ont fondé cet organisme dans les années 1980, c’était de créer une organisation professionnelle chargée d’établir les principes et les normes propres à chaque discipline. C’était important à l’époque, car le rôle et la valeur des consultants en patrimoine étaient en plein essor dans le secteur privé, une situation bien différente dans le secteur public.

J’estimais qu’une organisation professionnelle créerait le cadre nécessaire pour établir ces principes de manière à nous rendre redevables envers nos clients et responsables de fournir des conseils impartiaux et objectifs. La mise en place d’un code de déontologie, l’un des fondements clés de toute organisation professionnelle, est l’un des premiers sujets traités après la formation de l’association. Ce code nous a aidés à nous démarquer comme des professionnels qui maîtrisent les principes de conservation, comprennent les processus de planification, suivent la réglementation pertinente et appliquent de saines pratiques.

À mesure que la profession a évolué et que les experts en patrimoine sont passés du secteur privé au secteur public, la CAPHC a été rebaptisée l’Association canadienne d’experts-conseils en patrimoine pour refléter la diversité des intérêts professionnels.

Un seul gros changement ne me vient pas en tête, mais les professionnels en conservation ont certainement mieux fait connaître l’importance du patrimoine culturel et des diverses formes que prend cet héritage dans nos collectivités d’un bout à l’autre du pays. C’est pourquoi il est beaucoup plus difficile de gérer les ressources culturelles patrimoniales aujourd’hui qu’il y a 30 ans : les lois ont évolué, et il faut maintenant consulter, écouter et adopter des processus qui facilitent concrètement l’atteinte des objectifs fixés. L’un des enjeux particulièrement préoccupants, c’est la tendance inquiétante en Ontario d’exclure ou de limiter l’enjeu de l’héritage culturel des processus de développement dans les secteurs public et privé. C’est sans aucun doute un pas en arrière.

L’impact le plus important a été d’attirer de plus en plus de membres issus de différentes disciplines, ce qui crée un précieux bassin de professionnels de talent. Des groupes de clients potentiels ont ainsi accès à un éventail de domaines liés au patrimoine culturel. Le nombre croissant de projets qui exigent l’adhésion à l’ACECP est une autre mesure parlante de notre influence.

Dans mes sphères de pratique depuis 45 ans, notamment la planification de la conservation et les témoignages d’experts, j’ai vu plusieurs groupes ou parties en litige ou devant les tribunaux retenir les services de leurs propres experts en patrimoine afin de faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts. Même si les professionnels ne sont pas toujours d’accord, cette « démocratisation » des résultats favorise l’expression d’un plus grand nombre d’opinions diversifiées, qui ont un réel impact sur les décisions qui affectent notre patrimoine culturel.

Il ne s’agit pas de projets individuels, mais plutôt de plusieurs districts de conservation sur lesquels j’ai travaillé au fil des ans et qui m’ont procuré beaucoup de satisfaction. Je pense par exemple à Dundas, Waterdown et Oakville. Ici en Ontario, la désignation par une municipalité d’un district de conservation de biens culturels est toujours un défi : il faut intervenir auprès des propriétaires fonciers locaux, assurer un sain débat public, comprendre des enjeux contradictoires, mener des recherches historiques, répertorier les caractéristiques patrimoniales particulières du lieu, préparer un plan d’aménagement du territoire et enfin se présenter devant le tribunal. Et tout ça doit se faire dans un budget serré, ce qui nous oblige à rester fermement axés sur les résultats. C’est toujours très gratifiant de visiter ces lieux particuliers, dans certains cas 30 ans plus tard, pour voir comment le patrimoine bâti et les quartiers ont été entretenus ou améliorés, et comment les nouvelles constructions ont été intégrées de façon harmonieuse aux sites établis. Ces districts deviennent de beaux exemples de la complémentarité entre conservation et développement.

Le plus grand défi, c’est de rester pertinents à une époque où les circonstances changent de façon radicale. Notre monde semble aller de crise en crise et de catastrophe en catastrophe. La gestion des ressources culturelles patrimoniales risque d’être évincée du courant dominant, et de devenir un à-côté élitiste et dépassé.

Sans aucun doute être optimiste à l’égard de l’avenir, et reconnaître que même les contributions les plus mineures de toutes les professions liées à la conservation du patrimoine s’inscrivent dans un mouvement global positif qui rend nos vies quotidiennes beaucoup plus agréables et enrichissantes.